Le plus dur: le plan d’intro

Long billet sérieux aujourd’hui mais tenez bon, c’est important.
L’introduction d’un article scientifique est la partie la plus difficile à écrire, pour deux raisons et demie:

1. C’est votre seule chance d’intéresser le lecteur à votre recherche
2. Il vous faut synthétiser une somme considérable de connaissances scientifiques
2a. De manière à montrer que votre recherche est importante

On vous a peut-être déjà dit qu’une introduction devait ressembler à un entonnoir allant du général vers le particulier. On vous a aussi enjoint d’oublier la forme d’introduction que vous avez apprise à l’école (sujet amené, sujet posé, sujet divisé, ou quelque chose du genre) pour la remplacer par une structure question/réponse. En plus, il y a moi qui insiste pour que vous racontiez votre recherche comme une histoire. Comment réconcilier tout ça?

Je me suis donnée du mal pour essayer de déduire de mes articles préférés une structure qui met en valeur les questions de recherche proposées, tout ça pour découvrir que quelqu’un l’a fait il y a longtemps. Un certain John Swales, cité par l’auteure Helen Sword, a dérivé dès 1990 la séquence CARS, pour Creating A Research Space. Il s’agit de diviser l’introduction en quatre étapes.

1. Montrer que le domaine de recherche concerné est important.
En gros, pourquoi des gens se donnent-ils la peine de poursuivre la recherche dans ce domaine, que ce soit pour la connaissance fondamentale, pour sauver des vies ou pour prouver que les grandes corporations ont tort sur quelque chose. Le début de l’introduction sert donc à esquisser le contexte général de la recherche, tout en posant les bases de la structure narrative que vous allez adopter: s’agit-il d’un conflit à résoudre, d’un mystère à élucider, d’un obstacle à surmonter?

2. Faire un résumé sélectif de la littérature pertinente.
Attention, sélectif ne veut pas dire mentionner seulement les articles qui vont dans le sens de votre étude; cela signifie que vous allez sélectionner les meilleurs articles et ignorer les petites études bancales. Cette section développe la relation entre les idées que vous avez décidé de présenter en définissant la structure narrative. Des sous-titres baliseront la logique de l’argumentation.

Exemple 1: Confrontez-vous deux approches théoriques rivales? Résumez chacune d’elles et énoncez les conclusions et les prédictions de chacune.

Exemple 2: Une association entre deux variables est bien documentée, mais le processus causant l’association est mal connu? Établissez clairement, à l’aide de la recherche antérieure, l’existence de l’association. Expliquez ensuite quels processus pourraient expliquer l’association et résumez les travaux existant qui soutiennent l’un ou l’autre de ces processus.

3. Montrer que la recherche n’est pas complète.
À l’étape deux, vous avez dressé un tableau de l’état de la recherche dans votre domaine pointu. Quelle serait logiquement la prochaine étape? À quelles questions n’avons-nous pas encore répondu?

4. Sauter à pieds joints dans ce trou dans les connaissances : c’est votre espace de recherche.
Si vous avez bien structuré l’introduction, votre question de recherche apparaîtra comme une conclusion logique.

C’est assez intense, comme exercice intellectuel. Vous ne vous en sortirez jamais sans un plan détaillé qui organise les sous-sections et leurs titres, les paragraphes et les liens entre les paragraphes. Pour les liens, un mot ou une expression peut suffire: «mais» pour indiquer que le paragraphe qui suit énoncera un argument contraire; «de plus» pour indiquer un argument dans le même sens; «en particulier» pour indiquer qu’une précision suit; etc. Des flèches, ça aide aussi.

Notez que cette stratégie de structure d’introduction ne peut fonctionner que si la démarche qu’elle supporte est authentique. Si vous essayez de forcer une question de recherche dans une ligne narratrice qui n’est pas soutenue par la littérature scientifique, vos arguments seront faibles ou illogiques. Les lecteurs s’en apercevront vite.

Dans les prochains billets, il sera question du choix des articles à inclure dans la revue de littérature.

Sources pour ce billet:

Sword, H. (2012). Stylish Academic Writing. Cambridge, MA: Harvard University Press.
Silvia, P. J., (2015). Write it up! Practical Strategies for Writing and Publishing Journal Articles. Washington DC: American Psychological Association.

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Une réflexion sur “Le plus dur: le plan d’intro

  1. Ping : L’arc narratif de l’introduction

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