Le piège: retenir l’attention du lecteur

piègeTous mes gourous préférés —Paul Silvia, Helen Sword, William Zinsser— insistent sur l’importance de la première phrase. Piégez le lecteur, disent-ils; capturez son intérêt d’entrée de jeu ou vous le perdrez. Ceci m’a fait réaliser deux choses:

  1. Je n’ai aucun souvenir des premières phrases de mes propres articles.
  2. Je n’ai aucun souvenir de la première phrase du moindre article scientifique.

Du coup, j’ai sorti une pile d’articles pour en lire les premières phrases. Voici ma préférée:

Genetic determinism has died a quiet death.[1]

Et la pire:

Students of human development appreciate that individuals vary in whether and/or the degree to which they are affected, over the shorter and longer term, by environmental experiences, including child-rearing ones.[2]

«In whether and/or», sérieusement? Ça frise l’incohérence. Enfin, mes principales conclusions de l’exercice sont que les phrases interminables qui essaient de condenser 10 ans de recherche commencent mal un article; que les variations sur le thème de «les scientifiques pensent que…» sont ennuyeuses; que la première phrase n’est pas l’endroit pour exhiber le jargon obscur. Toutefois, comme nous n’avons pas vraiment le choix de lire les articles de notre domaine, une première phrase rebutante ne peut pas nous arrêter. D’ailleurs, les choses peuvent s’arranger: l’article de Belsky et Pluess est vraiment très intéressant malgré son entrée en matière désastreuse.

Mais tout de même, nous sommes ici pour améliorer notre écriture scientifique, pas pour chercher des excuses. Les premières phrases des articles scientifiques tombent le plus souvent à plat, alors quelle stratégie employer pour les améliorer, et du coup montrer à nos lecteurs que nous nous sommes donné du mal pour eux? Les gourous sus-mentionnés en proposent quelques-unes, comme par exemple:

  1. Poser une question. Pas votre question de recherche, mais une question générale qui résume le problème auquel vous vous attaquez.
  2. Relater un fait intéressant que vous relierez au contexte de votre étude.
  3. Y aller d’une observation générale dans laquelle le lecteur pourra se reconnaître, ou qui l’amènera à se questionner.
  4. Raconter une anecdote historique. Les plus audacieux peuvent raconter une anecdote personnelle, illustrant par exemple un moment «eurêka».
  5. S’adresser directement au lecteur, l’enjoignant de réfléchir à un problème.

Je crois que dans certaines circonstances, il serait aussi possible de commencer en décrivant un conflit théorique ou méthodologique. De plus, si vos résultats de recherche s’inscrivent dans le cadre d’un problème social pressant, pourquoi vous gêner pour le souligner? Après tout, c’est le vrai contexte de la recherche.

Donc, une première phrase accrocheuse est agréable mais pas essentielle, et ne garantit rien pour la suite. Si vous avez en tête des articles avec un début intriguant, je serais curieuse de les voir. Soyez gentils de les partager.

Sources pour ce billet:

Silvia, P. J., (2015). Write it up! Practical Strategies for Writing and Publishing Journal Articles. Washington DC: American Psychological Association.

Sword, H. (2012). Stylish Academic Writing. Cambridge, MA: Harvard University Press.

Zinsser, W., (2006). On Writing Well, 30th Anniversary Edition, New York, NY: Collins.

[1] Simons, R. L., et al. (2011). Social Environmental Variation, Plasticity Genes, and Aggression: Evidence for the Differential Susceptibility Hypothesis. American Sociological Review, 76, 833–912. doi:10.1177/0003122411427580

[2] Belsky, J., & Pluess, M. (2009). Beyond diathesis stress: differential susceptibility to environmental influences. Psychological Bulletin, 135, 885–908. doi:10.1037/a0017376

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