La revue de littérature: deuxième partie

Vous pouvez souvent décider si un article est pertinent et à jour en le parcourant rapidement. Pour juger s’il est de qualité et nécessaire, vous n’y couperez pas. C’est le temps de vous verser un café et de lire à fond. Vous pourrez peut-être éliminer quelques articles à la méthodologie bancale ou aux analyses scandaleuses. Toutefois, votre tâche principale à ce stade est de comprendre les relations entre les articles qui traitent d’un même sujet. Ils se complètent? S’opposent? Les deux à la fois? Ils ne sont pas concluants? C’est en vous interrogeant sur la nature des relations entre les différents articles que vous en viendrez à trouver votre argumentation, le fameux fil narratif. Vous allez trouver que je me répète, mais c’est vraiment très important. En dernier ressort, les articles à inclure dans votre revue de littérature doivent apporter quelque chose à votre argumentation.

Nous parlons donc ici d’une revue de littérature sélective. Ceci ne veut en aucun cas dire que vous allez conserver seulement les articles qui vont dans le sens de vos résultats. Le rôle premier de la revue de littérature est de proposer au lecteur de voir un problème sous un certain angle. Si l’angle est bien choisi, les articles contradictoires ne sont pas menaçants: ils font partie de l’argumentation.

En lisant, essayez des angles possibles pour expliquer les relations entre les résultats des articles. Par exemple:

  • Est-ce que les différences entre les résultats diffèrent selon la qualité des études? Au lieu d’ignorer les études dont la métho est insatisfaisante, vous pouvez alors les inclure dans votre argumentation.
  • Les méthodes peuvent simplement être différentes sans qu’il y ait de différences évidentes dans la qualité. Par exemple, si on étudie les prédicteurs du trouble d’attention avec hyperactivité, on peut se baser une population clinique avec un diagnostic médical ou sur la répartition de symptômes rapportés par des professeurs dans une population générale. Les deux méthodes correspondent à des approches valables et complémentaires d’une même question.
  • Il y a des différences directement liées à des approches théoriques. Carol Tavris et Elliot Aaronson racontent l’histoire d’un chercheur qui, croyant démontrer par une expérience une prédiction basée sur la théorie psychanalytique, a réalisé que ses résultats confirmaient plutôt une prédiction de la théorie de la dissonance [1]
  • Il peut y avoir un accord général sur le fond de la question (ex. L’exposition au plomb est dommageable pour le développement cognitif) mais pas sur les détails (quel est le niveau d’exposition sécuritaire).
  • De nouveaux résultats peuvent remettre en question des notions que l’on croyait acquises.

Bref, ne lisez pas simplement en mémorisant des faits mais en les confrontant pour trouver l’histoire que les articles, dans leur ensemble, racontent. Si un article a choisi un angle très différent qui ne contribue pas à votre argumentation sans pour autant invalider celle-ci, vous pouvez le laisser de côté. Par exemple, si vous travaillez sur la question de l’interaction entre une variante génétique et la maltraitance infantile pour prédire le développement des fonctions exécutives, vous n’avez peut-être pas besoin de discuter des articles qui l’étudient sous l’angle du rôle des carences alimentaires (je ne sais pas si ça se fait mais vous voyez ce que je veux dire!).

Vous dites qu’il n’y a pas de conflits entre les articles qui traitent de votre question de recherche? Vraiment? Wow, on ne verrait pas ça dans ma branche. Je dirais que la principale difficulté alors est de montrer que votre étude est tout de même nécessaire, et que vous pouvez montrer comment les résultats de recherche s’additionnent ou se complètent. Peut-être que vous n’aurez pas besoin de les sélectionner mais de regrouper celles dont les résultats sont redondants.

Sources pour ce billet:

Booth, W. C., Colomb, G. G., & Williams, J. M. (2008). The Craft of Research, third edition. Chicago: The University of Chicago Press.

Silvia, P. J., (2015). Write it up! Practical Strategies for Writing and Publishing Journal Articles. Washington DC: American Psychological Association.

[1] Tavris, C. & Aaronson, E. (2007). Mistakes were made (but not by me), Orlando, FL: Harcourt. P. 26-27.

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