Structurer les sections de l’introduction

Selon les revues et les disciplines, la longueur de l’introduction d’un article scientifique peut varier entre une et vingt pages, plus encore pour l’intro d’une thèse. Elle n’en sera pas moins toujours découpée en sous-sections, que celles-ci soient simplement séparées par des alinéas ou qu’elles soient longues de plusieurs paragraphes et précédées de sous-titres. L’important, c’est que chaque sous-section contribue un argument au raisonnement que vous présentez, ou si vous préférez un épisode à l’histoire que l’article raconte. Il ne suffit donc pas d’énumérer ce que vous savez sur un sujet, il faut l’encadrer dans un arc narratif.

L’introduction, nous l’avons vu, doit suivre un arc narratif ouverture-action-résolution et doit montrer à la fois ce qui a été fait dans l’étude de votre sujet et ce qui manque. Les étudiants qui en sont à leur premier écrit scientifique produisent souvent des sous-sections dans la forme que j’appelle la liste d’épicerie: ils résument le contenu de chaque article de leur revue de littérature sur le sujet dont traite la sous-section et passent à la suivante. Malheureusement, les données ne parlent jamais d’elles-mêmes. Prenons un exemple courant, la section sur la prévalence du phénomène étudié. En forme de liste d’épicerie, cela ressemble à:

«Une étude américaine a établi que le trouble de comportement A touche 0,5% des enfants de 8 à 12 ans en milieu urbain (Chose et al, 2014). Une autre étude portant spécifiquement sur les enfants de milieu semi-rural du sud-est des USA et âgés de 7 à 11 ans a établi une prévalence de 0,7% (Machin et Chouette, 2011). Une étude française portant sur des enfants de 9 à 18 ans de la région des Pyrénées-Atlantiques établit pour sa part la prévalence à 0,9% (Trucmuche et al, 2016). Enfin, une étude canadienne montre que le trouble touche 0,4% des enfants de 9 à 18 ans de milieu urbain défavorisé du Manitoba (Autretype, 2013).»

Que suis-je censée comprendre de cette avalanche de chiffres (et dans des vrais articles, il peut y en avoir vraiment beaucoup!)? La prévalence est-elle élevée, faible, variable selon un facteur donné, mal documentée? En quoi la prévalence du trouble étudié est-elle un argument pour vos questions de recherche? De plus, il n’y a aucun effort de synthèse, les chiffres sont simplement lancés à la tête du lecteur. Maintenant, réécrivions ce paragraphe avec un arc narratif.

«Les études existantes montrent que la prévalence du trouble A est relativement faible (ouverture: vous jugez que le trouble est assez rare et allez le démontrer). Des études portant sur des enfants d’âge scolaire de milieux urbains et semi-ruraux aux USA rapportent des prévalences variant entre 0,5% et 0,7% (Chose et al., 2014, Machin et Chouette, 2011). Une étude régionale française portant sur des enfants de 9 à 18 ans établit pour sa part la prévalence à 0,9% (Trucmuche et al, 2016) et une étude canadienne à 0,4% des enfants du même âge provenant de milieu urbain défavorisé du Manitoba (Autretype, 2013) (action: vous me dites ce qui a été fait en synthétisant autant que possible). En dépit du petit nombre d’études et de la diversité des populations étudiées, les prévalences rapportées varient peu et semblent s’établir à moins de 1% dans trois pays occidentaux. Bien que  faible, cette prévalence se traduit en importantes dépenses de santé en plus de la mobilisation des ressources des milieux scolaires (résolution qui apporte un argument à vos questions de recherche: le trouble a beau être rare, il coûte cher à traiter alors le problème est important)

Voilà, maintenant le lecteur sait ce qu’il doit comprendre de la liste des prévalences! Alors quand vous créez le plan de l’introduction, commencez par situer chaque sous-section en fonction de l’arc narratif que vous avez choisi. Ensuite, composez le plan détaillé de chaque sous-section en vous assurant qu’il y a toujours une ouverture et une résolution, avec une description d’action qui fait le lien entre les deux. Au lieu d’une liste d’épicerie, servez à votre lecteur un gâteau tout cuit!

Sources pour ce billet:

Schimel, J. (2012). Writing Science: How to Write Papers That Get Cited and Proposals That Get Funded. Oxford, UK: Oxford University Press.

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