Harmoniser les paragraphes: une histoire de Frankenstein

La plupart des étudiants dont je lis les brouillons d’article scientifique ou de thèse apprennent vite qu’il faut lier les paragraphes les uns aux autres pour créer une histoire cohérente plutôt qu’énoncer une liste d’idées. Seulement, il ne suffit pas de terminer un paragraphe sur une phrase qui annonce l’idée développée dans le paragraphe suivant pour créer une transition harmonieuse. Comme c’est la semaine d’Halloween, je vais vous l’illustrer avec la classique histoire du monstre et du savant fou.

Quand vous travaillez sur une sous-section de votre introduction, par exemple, vous devez coudre ensemble les idées contenues dans chaque paragraphe comme le Dr Frankenstein cousait ensemble des morceaux de cadavre pour assembler sa créature. Pour y arriver, vous savez que vous devez terminer un paragraphe avec un lien vers le suivant. Malheureusement pour les savants, fous ou non, créer une transition efficace est difficile et demande réflexion et planification. Voici ce que j’observe souvent: un étudiant bien intentionné va développer une seule idée dans un paragraphe, selon le vieux principe de style. Arrivé au bout de l’idée, il va ajouter une phrase au paragraphe énonçant l’idée à développer dans le paragraphe suivant. Le problème de cette structure? Là où j’attends la fin d’une idée, l’auteur me sert le début d’une autre. Cet accroc à la structure logique du texte interrompt ma lecture; le courant ne passe pas et la créature ne prend pas vie. Graphiquement, la structure fautive ressemble à ceci:

transition-faible

Comment faire passer le courant? La transition d’un paragraphe à l’autre doit jouer également deux rôles: conclure l’idée contenue dans le paragraphe 1 et amener l’idée suivante, à développer au paragraphe 2, comme une conséquence logique. Il ne s’agit pas de terminer le paragraphe 1 sur une nouvelle idée; il s’agit de si bien finir la première idée que vous arrivez à la pousser plus loin, dans une autre direction. Cette nouvelle direction, c’est l’amorce du paragraphe 2, qui la reprendra dans sa première phrase.

transition-harmonieuse

Bref, les deux paragraphes doivent travailler ensemble pour que la transition fonctionne: le courant passe dans les deux sens. C’est difficile et vous devrez probablement réécrire la fin d’un paragraphe et le début du suivant plusieurs fois pour y arriver, mais ça vaut la peine: sans transitions efficaces, votre article n’est qu’une collection de morceaux de corps joints artificiellement. Ce sont les transitions qui rendent un écrit vivant.

Et si vous n’arrivez vraiment pas à trouver le moyen de pousser la première idée pour qu’elle devienne la suivante? N’essayer pas de les forcer avec une transition boiteuse. Peut-être que ces idées ne sont pas si liées après tout. Essayez de créer une nouvelle section annoncée par un sous-titre. D’ailleurs, votre plan devrait inclure les transitions précisément pour régler ces problèmes de structure avant même d’avoir commencé à écrire. Pensez-y: si le Dr Frankenstein avait pris le temps de développer une vue d’ensemble de son projet avant de commencer à coudre des morceaux de cadavre, il aurait peut-être attendu avant de brancher le courant…

Sourcespour ce billet (si vous n’appréciez pas Frankenstein, allez lire le chapitre «Flow»!) :

Schimel, J. (2012). Writing Science: How to Write Papers That Get Cited and Proposals That Get Funded. Oxford, UK: Oxford University Press.

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