La bonne longueur de phrase

Je me pose plein de questions existentielles ces jours-ci, comme pourquoi écrire nos articles scientifiques à la voix passive sans y réfléchir? Pourquoi, en rédigeant en anglais, nous obstiner à choisir «perform» ou «conduct» quand «do» ferait l’affaire? Pourquoi décrire les analyses comme si elles s’étaient faites toutes seules? Pourquoi tant de haine? Mais je digresse. Bref, j’ai l’impression que nous écrivons nos articles scientifiques sur le pilote automatique et je me demande par quel moyen nous pourrions devenir plus attentifs à nos choix d’écriture.

Je n’ai évidemment pas la réponse à cette question, mais je pense qu’une clé pour échapper au style passif-apathique trop fréquent dans les articles scientifiques est de soigner sa construction de phrase: l’ordre des parties, la longueur, la voix, le choix du verbe, le niveau de complexité requis, sans parler du choix du vocabulaire. J’ai découvert qu’il existe des livres entiers sur la construction de phrase alors il s’agit d’un problème moins simple qu’il n’y paraît. Ou plutôt, tout le monde peut écrire une phrase; la difficulté est d’écrire une bonne phrase et qui plus est, une succession de bonnes phrases. Je vais donc lire et vous faire part de mes découvertes au cours des prochaines semaines.

Commençons aujourd’hui par la question la plus fréquente: phrases courtes ou phrases longues? Et d’abord, qu’est-ce qu’une phrase longue? Selon Anne E. Greene, L’auteure de Writing science in plain English, une phrase est longue à partir de 30 mots. Une phrase courte contient moins de 10 mots et une phrase moyenne, entre 15 et 25. Elle évalue ainsi les phrases anglaises mais je crois que c’est une bonne échelle pour le français aussi.

Bien sûr, les phrases courtes sont plus faciles à écrire et à lire. Toutefois, une longue série de phrase courte est insupportable; c’est la marque des romans mal traduits de l’anglais au français. Si toutes les phrases sont moyennes, c’est ennuyeux et si toutes les phrases sont longues, c’est épuisant à suivre. Le conseil unanime des manuels de style est de varier les longueurs de phrase dans un même paragraphe.

N’ayez pas peur de glisser des phrases longues dans votre texte à l’occasion, il s’agit simplement d’être attentif à la structure. On oublie parfois l’existence des points-virgules et des deux points, mais ils peuvent vous rendre de grands services dans les articles scientifiques: le point-virgule pour apporter une nuance ou un complément à une affirmation; les deux points pour annoncer une explication. En fait, si vous portez attention à la ponctuation, vous maîtriserez vite les phrases longues. Mais, dites-vous, votre superviseure vous a enjoint de n’écrire que des phrases courtes? Si votre phrase longue est bonne, elle ne s’en rendra même pas compte.

Donc, voici quelque chose à essayer lorsque vous révisez une section de votre article scientifique: comptez le nombre de mots de chaque phrase de chaque paragraphe. Si la plupart tombent dans une seule des catégories décrites par Greene, essayez de réécrire avec plus de variété. Votre lecteur vous sera reconnaissant et un lecteur heureux a sûrement plus de chance de vous citer!

Source pour ce billet:

Green, A.E. (2013). Writing Science in plain English. Chicago, IL: The University of Chicago Press.

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