Les articles scientifiques forts s’appuient sur des phrases fortes

On écrit deux types de phrase: des phrases qui décrivent des actions et des phrases qui décrivent des états. Les phrases d’action se reconnaissent à leurs verbes… d’action. Les phrases d’état contiennent des tonnes de verbes «être» ou équivalents, tous seuls ou sous forme de temps composé. Devinez lesquelles expriment le plus de force?

Il m’arrive de vous supplier d’oublier ce que vous avez appris en composition à l’école au moment d’écrire un article scientifique. Mais vous rappelez-vous du principe de limiter l’usage du verbe être? Celui-là, vous devriez vous en rappeler. Naturellement, c’est le plus oublié de tous. Il faut dire que trop d’auteurs d’articles scientifiques souffrent d’une phobie des affirmations sans détour.

Comparez:

Les étudiants sont terrifiés à l’idée d’écrire une affirmation sans détour.

Avec la version active:

Écrire une affirmation sans détour terrifie les étudiants.

Ou encore cette forme classique des articles de science sociale (insérez votre sujet préféré):

Les jeunes des quartiers défavorisés pourraient être plus à risque de développer des problèmes comportementaux.

Toute cette salade de mot signifie simplement:

Les jeunes des quartiers défavorisés développeraient plus de problèmes comportementaux.

Il n’y a pas que le verbe être; prenez garde aux sembler, paraître, pouvoir, montrer, devoir… à tous les verbes qui ne traduisent pas une action concrète. Pourquoi écrire:

Le taux de vitamine D montre une diminution entre novembre et février.

Et non simplement:

Le taux de vitamine D diminue entre novembre et février.

Dans la première version de la phrase, on retrouve au lieu du verbe précis un verbe faible assorti d’un verbe transformé en nom: une nominalisation, c’est-à-dire la plaie des écrits faibles. En fait, il y a tant de phrases faibles dans les écrits scientifiques que la première version de votre article scientifique s’en ressentira sans aucun doute. Vous choisirez sans y penser des verbes décrivant des états suivis de nominalisations, le tout conjugué à la voix passive. Si vous voulez savoir, je fais la même chose avec la première version de mes billets de blogue (et je ne vous parle même pas de la première version du manuscrit de mon livre!). Rien de grave, du moment que vous révisez activement votre première version avant de la rendre à votre directeur de recherche, en vous concentrant sur les verbes. Je ne parle pas de bannir le verbe être et ses complices mais vous serez surpris du nombre de fois où vous pourrez les remplacer par un verbe d’action qui traîne dans les parages sous forme de nominalisation.

Bref, privilégiez les verbes d’action dans vos articles scientifiques. Oui, cela signifie lutter contre votre instinct, mais vous produirez au bout du compte un article plus court, plus fort et bien plus intéressant à lire.

Source pour ce billet:

Schimel, J. (2012). Writing Science: How to Write Papers That Get Cited and Proposals That Get Funded. Oxford, UK: Oxford University Press.

Et tous les manuels de style scientifique que je connais…

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s