Faux ami: opportunité

En rédaction, un faux ami n’est pas quelqu’un qui vous pique vos idées mais un mot d’une autre langue qui ressemble beaucoup à un mot français, mais dont le sens est différent. Les faux amis peuvent être très amusants : une ancienne camarade à moi a appris à ses dépens qu’«embarazada» en espagnol ne veut pas dire être embarrassée ou gênée, mais être enceinte. Il y a toutefois un faux ami anglais que je ne peux plus voir en peinture, c’est «opportunité».

Même si vous êtes encouragés à écrire vos articles scientifiques en anglais, vous aurez probablement à rédiger une partie de vos écrits scientifiques en français si vous êtes inscrit dans une université francophone. Dans mon université, par exemple, même si votre thèse comprend des articles en anglais, vous devez écrire une introduction et une conclusion en français. Comme tout scientifique, le thésard lit des articles en anglais qui risquent d’influencer son écriture française avec des calques, des anglicismes et des faux amis. L’un des plus communs de ces faux amis est le fameux «opportunité».

En anglais, le Merriam-Webster vous dira que le sens premier de «opportunity» est une une conjoncture favorable, une possibilité. Dans un article scientifique anglais, vous pourriez écrire:

The ice storm gave us the opportunity to study the effect of a prolonged stress on the children of our cohort living in the affected area.

Given the opportunity, the test participants chose to cooperate with each other to complete the task.

En français, opportunité réfère au «caractère opportun» de quelque chose. On ne peut pas avoir ou donner une opportunité en français. Donc, vous ne pouvez pas utiliser le mot «opportunité» si vous traduisez en français les phrases précédentes. Écrivez plutôt:

La tempête de verglas nous a donné la possibilité d’étudier l’effet d’un stress prolongé chez les enfants de notre étude vivant dans la zone touchée.

Si on leur en donnait la chance, les participants au test préféraient coopérer pour compléter la tâche.

Dans un article scientifique, les seules occasions d’employer le mot «opportunité» sont de démontrer ou questionner le caractère opportun de quelque chose. Par exemple:

À la suite de cette revue de littérature, nous remettons en question l’opportunité d’engloutir des fonds de recherche pour tenter encore de prouver que l’échinacée guérit le rhume.

Dans cette phrase, on ne dit pas qu’étudier l’échinacée n’est pas une possibilité, simplement que c’est une mauvaise idée. Vous voyez la nuance? Alors il serait opportun que je ne voie plus jamais passer de manuscrits pleins d’opportunités…

Sources pour ce billet:

La banque de dépannage linguistique de l’Office de la langue française du Québec

Le dictionnaire Merriam-Webster

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