Choisir ses mots dans un écrit scientifique

Dans un écrit scientifique, nous visons la précision. Mais quel degré de précision? Même parmi les scientifiques de votre domaine d’étude, il y a plusieurs audiences représentées par différentes revues savantes. Il y a d’abord les revues pointues, dont les articles se restreignent à explorer un sous-domaine spécifique d’une discipline. Ces articles s’adressent aux spécialistes, qui connaissent les théories du sous-domaine, les méthodes et le vocabulaire assorti. Pour publier dans ces revues, la précision du vocabulaire est primordiale et vous n’avez pas besoin de définir les termes techniques. Le jargon technique du domaine y est bienvenu, même requis. Des exemples de ce type de revues savantes traiteraient exclusivement d’archéologie australienne ou de la biologie des os.

Toutefois, si vous jugez que les conclusions de votre recherche ont des implications qui dépassent votre sous-domaine spécifique, vous pourriez soumettre un article à une revue plus généraliste de votre domaine. Des exemples de telles revues incluent la plupart de celles dont le titre commence par Annual Review et plusieurs de celles qui affichent les meilleurs facteurs d’impact de votre discipline. Gare à vous si vous omettez d’adapter votre niveau de vocabulaire pour une audience moins spécialisée! Les réviseurs scientifiques que la revue généraliste recrutera ne seront pas tous au fait des théories propres à votre sous-domaine et n’en maîtriseront pas forcément tout le jargon. Ils pourraient exiger un gros travail de réécriture et poser des questions que les spécialistes pointus ne poseraient jamais. Enfin, l’éditeur peut juger que l’article ne convient pas au public de la revue et le refuser sur cette base. Et si vous visez une revue prestigieuse qui publie des articles provenant de disciplines diverses comme Nature (on peut rêver!), il faudra que des scientifiques de tous horizons puissent comprendre au moins vos conclusions; le choix réfléchi du vocabulaire comptera pour beaucoup dans la calibration de votre article à son audience.

Je voudrais d’ailleurs attirer votre attention sur le verbe choisir dans le titre de ce billet. Choisir, comme dans faire un choix parmi différentes possibilités, avec ce que ça implique de réflexion. Le contraire de choisir, c’est reprendre sans se poser de questions les mots choisis par d’autres auteurs dont les visées ne correspondaient pas forcément aux vôtres: écrire sur le pilote automatique. Bien sûr, personne ne se rendrait jamais au bout d’un projet d’écriture en se morfondant sur le choix de chaque article ou conjonction. Mais les verbes, les noms les adjectifs, les premiers qui vous viennent en tête sont-ils forcément les meilleurs et les mieux adaptés à votre audience?  Remettre en question nos choix de vocabulaire devrait faire partie de la révision de l’article. Si vous n’avez rien fait pour améliorer votre vocabulaire lors de la relecture… il faudra sans doute la recommencer.

Source pour ce billet:

Casagrande, J. (2010). It was the best of sentences, it was the worst of sentences: a writer’s guide to crafting killer sentences. New York, NY: Ten Speed Press.

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