La publication scientifique : ça se corse !

Publier un article dans une revue scientifique légitime n’a jamais été facile et de nouvelles complications s’ajoutent. Pour l’illustrer, je vous raconte une récente mésaventure avec l’aimable permission d’une collègue.

Un peu de contexte pour commencer : à l’université où je travaille, il est permis de remettre une thèse ou un mémoire sous forme d’article, en français ou en anglais. Cet article n’a pas forcément été publié au moment du dépôt de la thèse. Une ancienne étudiante de notre groupe, qui est maintenant une collègue appréciée, a donc déposé son mémoire de maîtrise composé d’un article écrit en anglais, mais inédit. La politique par défaut de notre établissement est de rendre les thèses et mémoires disponibles dans le domaine public, peu importe que ceux-ci empruntent la forme classique ou par article.

Entre les permissions à obtenir pour publier l’article qui utilisait les données d’une base gouvernementale et les suggestions insistantes des coauteurs (je plaide coupable ici !), la version de l’article de ma collègue qui a finalement été soumise à une revue scientifique différait considérablement de la version incluse dans le mémoire. Du moins nous le croyions ! Moins de 24 heures après, nous avons reçu un message de l’éditeur : l’article ne passait pas l’épreuve du détecteur de plagiat parce que trop semblable à… un mémoire déposé dans le domaine public. Le détecteur de plagiat avait repéré le mémoire de ma collègue ! Étant accessible, le mémoire était considéré comme du matériel publié.

Je ne vous cacherai pas qu’il y a eu un petit moment de panique dans notre bureau. Toutefois, publier dans une revue scientifique le contenu d’un mémoire est bien normal et après discussion avec l’éditeur, ce dernier nous a permis de resoumettre l’article à condition de faire baisser la similarité avec du matériel « déjà publié »  à moins de 20 % du texte. Ma collègue et moi avons donc travaillé dur pour réécrire le même article avec d’autres mots ![1] Absurde, dites-vous ?

L’histoire n’est pas terminée, mais au moment où j’écris ceci, ma collègue a réussi à passer le détecteur de plagiat avec la nouvelle version de son article et reçu des réviseurs scientifiques des commentaires positifs assortis d’une invitation à réviser. Je suis optimiste, cet article obtiendra bientôt une acceptation définitive de la revue.

Que retenir de tout ceci ? Même s’il est louable de mettre dans le domaine public des travaux financés par des fonds publics, il faut réfléchir avant de signer l’autorisation parce que 1) les revues scientifiques peuvent alors considérer le matériel comme déjà publié et 2) même si vous avez publié votre article avant de déposer votre thèse ou mémoire, la revue (ou le gros consortium de publication derrière elle comme Elsevier, Sage, Wiley, etc.) peut demander un embargo avant son inclusion dans le domaine public. Elle peut aussi avoir des exigences quant au format du document rendu public.

Bref, si vous devez jongler avec la nécessité de publier dans une revue scientifique privée et l’obligation de rendre votre travail disponible dans le domaine public, renseignez-vous sur les politiques de la revue visée et sur les exigences de votre établissement ou des organismes qui financent votre recherche. Vous pourriez obtenir par exemple un délai avant de rendre votre article public.

On finit par arriver à publier, mais les obstacles ne sont pas toujours là où on les attend.


[1] Nous y sommes arrivées, mais il a fallu faire appel à tout notre vocabulaire anglais. Note aux étudiants à qui je répète qu’il faut lire des romans en anglais pour écrire des articles scientifiques en anglais : vous voyez pourquoi maintenant ?

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