L’inspiration n’est pas une déesse grecque

Les spécialistes de la gestion de l’écriture sont unanimes : si vous attendez l’inspiration pour vous mettre au travail, vous ne progresserez pas.1 Je suis bien d’accord avec eux, mais est-ce à dire que nous pouvons entièrement nous passer d’inspiration dans la rédaction scientifique ? Et d’abord, qu’est-ce que l’inspiration ? Eh oui, il y a des études scientifiques sur le sujet.

Une bonne partie de la recherche scientifique sur l’inspiration vient des travaux de Todd M. Thrash et Andrew J. Elliot depuis une quinzaine d’années.2 Ils ont testé un construit d’inspiration défini par trois aspects : 1) la transcendance, qui réfère au fait que l’inspiration nous élève au-dessus de nos préoccupations quotidiennes, 2) l’évocation, qui rappelle que l’inspiration n’est pas directement le produit de la volonté et 3) la motivation, qui pousse la personne inspirée à réaliser la  vision qu’elle vient d’avoir. Tout ça signifie que l’inspiration est une nouvelle possibilité qui nous apparaît et nous donne très envie de l’essayer. Scott Barry Kaufman, cet excellent vulgarisateur, résume la notion d’inspiration ainsi : “inspiration is best thought of as a surprising interaction between your current knowledge and the information you receive from the world”.3 Ce qui me plaît dans cette formulation, c’est qu’elle montre clairement que l’inspiration se provoque et pointe vers le rôle qu’elle peut jouer dans votre rédaction scientifique.

D’abord, il vous faut maîtriser les connaissances nécessaires. Au risque de me répéter, les étudiants aux cycles supérieurs que je connais ne manquent pas de connaissances. En fait, ils en ont trop et s’y perdent en tentant de les organiser pour définir une problématique de recherche. C’est précisément là que l’inspiration me semble essentielle : dans un fatras de connaissances, il faut voir émerger un tout cohérent qui amène à une nouvelle question de recherche. Presque tout le processus d’écriture repose sur la discipline, l’organisation et la volonté, mais vous avez besoin d’une idée inspirée au départ de tout projet de recherche. Même si votre superviseur vous a assigné une question,  ce sera à vous de la placer dans la littérature existante, donc de trouver le fil conducteur original qui justifie la question. Tout écrit scientifique amène un élément nouveau alors il vous faut un moment d’inspiration pour trouver un angle d’approche unique à votre question de recherche.

L’autre côté de l’interaction définie par Kaufman est l’ouverture aux nouvelles idées, donc un état d’esprit à atteindre. Je n’ai pas de recette magique pour y arriver, mais je dirais qu’on n’atteint pas cet état en maugréant « je n’aime pas écrire, c’est trop difficile, je déteste ça, je veux être ailleurs » et autres « c’est trop ennuyeux d’écrire ! ». Je dirais qu’il faut aimer au moins un peu son sujet de recherche et brûler bien des neurones à y réfléchir. Je crois aussi, mais c’est une expérience personnelle, qu’il faut sortir de son sujet de recherche et lire sur… tout le reste : politique, art, actualité, recherche dans d’autres domaines, etc. Discutez avec des étudiants d’autres disciplines et traditions. Vous maximisez alors les chances que vos connaissances (sur votre sujet de recherche) entrent en collision avec une idée  nouvelle pour vous, et vous amènent à les voir d’un autre angle. Autrement dit, il vous faut un moment d’inspiration pour voir des liens nouveaux entre différents aspects de vos connaissances.

Alors, n’attendez pas qu’une muse grecque vous souffle à l’oreille l’idée qui sera le fil conducteur de votre projet de recherche. Provoquez l’inspiration en maîtrisant les connaissances dont vous avez besoin et en vous exposant avec curiosité et bienveillance à des idées nouvelles. C’est trop abstrait ? En effet. Au prochain billet, je vais vous proposer une manière concrète de faire surgir l’inspiration pour trouver le fil conducteur qui mène à vos questions de recherche.

Autre source:

Gregoire, C. et Kaufman, S.B. (2015). Wired to create: unraveling the mysteries of the creative mind. New York, NY: Perigee.

1 Belleville, G. (2014). Assieds-toi et écris ta thèse! Trucs pratiques et motivationnels pour la rédaction scientifique. Québec, CA: Presses de l’Université Laval.

Silvia, P.J. (2007). How to write a lot. Washington, DC: American Psychological Association.

2 Thrash, T. M., & Elliot, A. J. (2003). Inspiration as a psychological construct. Journal of Personality and Social Psychology, 84(4), 871–889. http://doi.org/10.1037/0022-3514.84.4.871

Thrash, T. M., & Elliot, A. J. (2004). Inspiration: Core Characteristics, Component Processes, Antecedents, and Function. Journal of Personality and Social Psychology, 87(6), 957–973. http://doi.org/10.1037/0022-3514.87.6.957

3 Kaufman, S.B. (2011). Why inspiration matters. Harvard Business Review, Nov. 8, 2011. https://hbr.org/2011/11/why-inspiration-matters

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