Un argument faible

Sans doute, il y a plusieurs manières valables de justifier les objectifs de recherche dans un mémoire, une thèse ou un article scientifique. Elles ne se valent pas toutes, cependant, et il y en a une qui m’agace vraiment. J’ai vu cet argument servi par des étudiants de sciences sociales et de sciences de la santé, mais je soupçonne qu’il s’infiltre partout. Je vois même des profs le laisser passer sans ciller. Ça va comme suit, avec quelques variantes:

  1. Entrée en matière: Il y a des études qui montrent que X est associé à Y sous la condition T.
  2. Argument en faveur de la recherche présentée: Ce serait utile de savoir si l’association entre X et Y se maintient sous la condition Z, mais il y a peu d’études.

C’est là que je m’insurge. Peu d’études, vraiment? On énumère parfois huit ou dix études après avoir affirmé qu’il y en avait peu. Est-ce qu’il y a un nombre optimal d’études sur un sujet? Est-ce que vingt études de qualité douteuse valent mieux que trois études excellentes?

En fait, le nombre d’études sur un sujet importe peu. Sérieusement, arrêtez de vous préoccuper du nombre d’études! Justifier la vôtre par le simple fait d’en ajouter une à la littérature scientifique, c’est un argument très faible. C’est aussi une application paresseuse du (bon) principe voulant que l’on montre ce qui manque dans les connaissances scientifiques sur un sujet pour justifier une étude (qui va combler ce manque). Ce n’est pas « une étude » qui manque; c’est une information spécifique qui devrait faire l’objet d’une étude, la vôtre. La nuance est importante et, vous l’aurez compris, demande plus de travail d’analyse de la recension des écrits. Pour servir un argument fort, il faut déterminer précisément l’information qui manque à notre compréhension d’un phénomène, que votre étude va fournir au moins en partie.

Le principe de justifier une étude en montrant un manque dans les connaissances est bon, mais insuffisant. Pour l’étoffer, il faut situer le manque dans le patron des liens entre les études publiées. Rappelez-vous, un bon écrit scientifique raconte une histoire. Ce patron de liens, c’est l’intrigue de votre histoire. Il y a bien des intrigues possibles, mais il y en a trois qui dominent les écrits scientifiques: je les appelle la quête, l’obstacle à surmonter et le conflit. Penser en termes d’intrigue va vous aider à trouver la place de votre travail dans le vaste monde de la littérature scientifique. Je vais examiner en détail les trois intrigues au cours des prochaines semaines. Soyez patients, j’écris ce blogue dans mes temps libres!

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